Mise au point sur l’antisémitisme de Willette

Willette n’a pas inventé la messe des artistes. Ce sont les chanoines de Saint Germain L’Auxerois qui l’on inaugurée après sa mort. Ils reprenaient un vœu qu’il avait fait dix ans auparavant, que les artistes se retrouvent le jour des cendres en signe d’humilité.

Willette n’a plus bonne presse aujourd’hui, et pour cause ! Son antisémitisme particulièrement répugnant l’a rejeté aux oubliettes de l’histoire. Si la messe des artistes continue d’exister, ce  n’est pas bien sûr en référence à des idées dont la condamnation la plus nette et la plus ferme va de soi. Ce qui est d’ailleurs fait à chaque messe des artistes. Mais pas seulement pour une mise au point.

En effet chacun comprend bien que l’on ne fait pas chaque année la fête des mères en référence aux idées du Maréchal Pétain et de ses collaborateurs qui l’ont instituée.

La mise au point s’accompagne d’une question à l’heure du lynchage médiatique qui condamne en meute le plus souvent sans savoir. Willette vivait en un temps où l’antisémitisme était partout répandu. Le mal était partout présent mais comme invisible. La dégueulasserie allait de soi. Cela n’excuse rien évidement, et prépare l’horreur au-delà des mots de la Shoah. La question est pour nous aujourd’hui : en plus des dénonciations toujours nécessaires qu’il faut savoir reprendre avec courage et obstination, n’y aurait-il pas un mal dont nous serions les complices sans même nous en rendre compte ? Quand nous aurons passé dans l’histoire, que dira-t-on de nous ?

Pour se donner une idée des complicités anciennes vis à vis de l’antisémitisme, on pourrait citer des figures de l’église comme saint Louis qui oblige les juifs à porter un signe distinctif. Voyons aussi du côté de l’époque de Willette, des penseurs, des artistes, des écrivains.

Dans la lignée de l’antisémitisme obsessionnel qui était l’apanage de Voltaire, Diderot, ou Martin Luther (fondateur du Protestantisme), il y a eu la plupart des penseurs des lumières, il y a eu Fichte, Schelling, Hegel, Nietzsche, Marx (son livre « sur la question juive » est toujours au panthéon de ses écrits), Heidegger (encarté nazi et qui, comme recteur ordonne le 3 novembre 1933, de ne « plus jamais » accorder de bourse aux « étudiants juifs (de souche non-aryenne)»). Ajoutons Proudhon (fondateur de l’anarchisme), Fourier (fondateur du socialisme et du féminisme). Quelques artistes, les peintres Renoir, Degas (très virulent), Courbet (son tableau avec un trait antisémite « L’atelier du peintre »), les dessins odieux de Forain et de Caran d’Ache. Les écrivains, Victor Hugo (« Les Burgraves », d’autres poncifs antisémites émaillent son œuvre), Louis-Ferdinand Céline, Paul Morand, José Saramago (prix Nobel), Alphonse Daudet, Maupassant (le roman « Mont-Oriol »), Baudelaire (« une nuit que j’étais près d’une affreuse juive… »). Les antidreyfusards engagés et signataires, Rodin, Jules Verne, Cézanne, Paul Valéry. J’allais oublier les frères Goncourt (qui ont donné leur nom à un prix littéraire), sans oublier les écrits nauséeux de Michel Audiard, les dessins antisémites de Hergé (par ex dans L’étoile mystérieuse). Les architectes de l’école du Bauhaus (certes interdite par les Nazis mais dont certains « créateurs » se sont accommodés du nouveau régime : Mies van der Rohe (signe une déclaration de soutien à Hitler), Gropius ouvertement antisémite, Fritz Ertl (qui dessine les baraquements d’Auschwitz…). Autre architecte, Le Corbusier qui cosignait des articles haineux (il écrit à sa mère en 1940 : « L’argent, les juifs (en partie responsables), la franc-maçonnerie, tout subira la loi juste »). Et, last but not least, …Zola lui-même connu pour son soutien courageux au juif Dreyfus, qui épousait l’antisémitisme financier repris en chœur par toute la presse y compris socialiste, le juif étant assimilé au capitaliste oppresseur de l’ouvrier (on visait Rotschild), dans le roman « Pot Bouille » ou celui de « L’argent » : « Il y avait là, en un groupe tumultueux, toute une juiverie malpropre, de grasses faces luisantes, des profils desséchés d’oiseaux voraces, une extraordinaire réunion de nez typiques, rapprochés les uns des autres, ainsi que sur une proie, s’acharnant au milieu de cris gutturaux, et comme près de se dévorer entre eux ».

Enfin, pour terminer, lorsqu’on a débaptisé la place Willette, en raison de son antisémitisme, on lui a donné le nom de Louise Michel, héroïne de la commune de Paris. Ceux qui se réjouissaient de cette « purification » ignoraient qu’à son époque, la très populaire Louise Michel revenue du bagne en pleine gloire, était souvent présente en soutien aux conférences de la très virulente ligue antisémitique.