Messe des artistes 2020

La traditionnelle messe des artistes  a lieu le mercredi 26 février 2020, à 18h00, le mercredi des cendres, dans le cadre de l’église de Saint Pierre d’Arène de Nice.
Depuis 1926, à l’occasion de cette messe, les artistes du monde entier se retrouvent pour manifester leur solidarité, partager leurs expériences et leur engagement.
Elle est organisée en collaboration avec des plasticiens, photographes, comédiens, danseurs, marionnettiste, grapheurs, musiciens, chanteurs, poètes, …

La messe des artistes a lieu avec le soutien d’Alpes Maritimes Fraternité.
Instance de concertation entre toutes les religions, elle œuvre pour la paix, la liberté et le respect entre les hommes quelle que soit leur confession. Elle est une instance essentielle pour le vivre-ensemble.

La messe des artistes

Étrange cérémonie que celle qui a eu lieu à Paris, le mercredi 7 février 1951, en face du Louvre, dans l’église de Saint-Germain L’Auxerrois ! En ce premier jour du temps du carême, le futur saint Jean XXIII, alors nonce apostolique, bénit une large inscription énigmatique sur un des piliers du chœur. On y lit, toujours aujourd’hui, gravé à même la pierre et en grandes lettres : « Dans cette église, suivant le vœu de Willette, réalisé par Pierre Regnault, les artistes de Paris, en union avec leur camarade du monde entier, viennent depuis le mercredi des Cendres de l’an 1926 recevoir les cendres et prier pour ceux d’entre eux qui doivent mourir dans l’année ».

Willette (1857-1926) était un artiste parisien très controversé, un des fondateurs et décorateurs du Cabaret du Chat noir de Montmartre où se retrouvent peintres et poètes. À travers une œuvre qui prend le risque de choquer, il a combattu avec ses amis la société des bien-pensants. Aux dévots qui montent à la basilique du Sacré-Cœur, il préfère l’Église d’en bas, celle des Pierrots des rues, chez qui l’argent et le pouvoir, comme il le dit lui-même, « n’ont pas encore remplacé la fonction du cœur ».

En 1914, après avoir échappé à une grave maladie, il fait un vœu : que tous les artistes puissent se retrouver à la messe du mercredi des Cendres, afin de se rappeler « qu’ils sont encore des hommes », des êtres engagés par tout leur art au service de l’aventure humaine, si fragile et si belle. Cette même année 1914, il compose une prière qu’il lit sur la tombe de l’écrivain Villiers de L’Isle-Adam : « ceux qui te saluent, Seigneur, avant de mourir, sont ceux que Tu as créés à ton image pour créer de l’art. Ceux qui ont médité ton Œuvre et rendu hommage à sa Beauté ! Ce sont les simples d’esprit dédaigneux de l’or diabolique. Ceux-là, Seigneur, te saluent avant de mourir. Nous, les artistes, dans l’arène ténébreuse, à la lueur des armes que Tu nous as données, Devant les multitudes qui n’ont ni yeux ni oreilles, mais qui ont une bouche pour nous huer si nous succombons… Pollice verso (Pouce retourné) ! Nous te saluons, Seigneur, avant de mourir ! »

Willette meurt en 1926, en pleine gloire. Mais l’antisémitisme inexcusable de ce communard anarchiste, a fini par occulter les belles réalisations de sa vie d’artiste. On a été moins indulgent avec lui qu’avec d’autres phares de son époque  tout aussi virulents : Renoir, Degas, Courbet, Forain, Caran d’Arche, Victor Hugo, Daudet, Maupassant, Baudelaire, quelques anti Dreyfusards (Rodin, Jules Verne, Cézanne, Paul Valéry), les frères Goncourt, Proudhon, sans oublier Louise Michel (dont le nom a été donné à une place de Paris en remplacement de celui de Willette), et même Zola…

Ce caricaturiste de génie, antimilitariste, défenseur des plus pauvres, n’aura pas vu la réalisation de son vœu, sorte de « canular pieux » qui demande à ce qu’on prie pour « ceux qui vont mourir ». Mais elle est célébrée désormais chaque année, exactement comme il l’a voulu, avec la lecture de sa prière. La référence au « vœu de Willette » a disparu. Tant mieux ? Apollinaire a écrit que l’on devrait donner le Prix Nobel de la Paix à ce créateur « qui a fait presque autant de dessins contre la guerre, que contre l’hypocrisie de ceux qui détestent la beauté ».

 (Voir la mise au point sur l’antisémitisme de Willette)

La grande dégueulasserie de l’antisémitisme de Willette est chaque année l’occasion d’une mise au point nette et sans le moindre accommodement. Cela dit, il serait tout aussi ridicule de voir dans une participation à la messe des artistes une défense d’idées parfaitement répugnantes,  comme si à chaque fois qu’on souhaitait la fête des mères on y associait les idées du Maréchal Pétain et de toute sa clique qui en sont à l’origine.

Chaque année, la ville de Nice continue cette tradition, chaque mercredi des cendres, tradition qui n’a pas été créée par Willette, mais par des artistes associés aux prêtres de l’église Saint-Germain L’auxerrois. Ce que l’on appelle désormais la «messe des artistes» est un événement à la fois culturel et religieux tellement œcuménique qu’on a pu dire que «même les croyants y vont». Il réunit des musiciens, des peintres, des iconographes, des sculpteurs, des chanteurs, des acteurs, des photographes, des saltimbanques, des danseurs, des magiciens… Une assemblée venue de tous les horizons, de toutes les croyances, pour une sorte de fête qui n’a aucun équivalent en France par son ampleur. Mais la célébration ne manque pas de gravité : à un moment l’église est plongée dans l’obscurité, et plus de mille deux cent personnes tenant des bougies allumées, écoutent dans le silence, la longue liste des artistes disparus lue par Frédéric Altmann. Peu après les iconographes font bénir leurs icônes.

Ce sera aussi un temps de mémoire pour les victimes du 14 juillet car l’église où est célébrée cette messe a été au cœur du drame.

Sur le thème de l’année 2020, « Enfer, purgatoire, paradis », les artistes ont travaillé le sujet qui est en écho de la Divine Comédie de Dante. Dans l’église Saint Pierre d’Arène, ils offrent leurs visions, leurs interrogations, avec au cœur la belle finale remplie d’espérance de l’Enfer de Dante : «…et revoir les étoiles». Ils se rappellent, et nous rappellent, avec une joyeuse gravité, que nous sommes frères en humanité, une humanité fragile, mortelle, mais qui croit en sa beauté.

À propos de

Depuis les premiers temps de l’Eglise, la foi chrétienne s’est exprimée dans les arts. De nombreux artistes ont exprimé leur foi dans le mystère de Dieu et de l’humanité par le chant, la musique, la poésie, la peinture, la sculpture, la danse, le théâtre, sans oublier le cirque, les arts de la rue, les marionnettistes, les magiciens….
Aujourd’hui, l’Eglise toujours accueillante aux créateurs, va aussi à leur rencontre.
C’est le rôle de l’aumônerie des artistes, et particulièrement de celle du diocèse de Nice, qui travaille à cette collaboration toujours fructueuse.

Le diocèse organise durant l’année diverses manifestations, dont la fameuse messe des artistes, qui est le fruit de la collaboration d’une centaine de créateurs.
Les derniers papes parlent d’une « alliance » entre le monde des arts et celui de l’expression religieuse du peuple chrétien. Un événement original le redit chaque année, selon une tradition qui remonte à 1926 : la messe du mercredi des cendres dite « messe des artistes ».

L’affiche réalisée par Dario Vella

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